Print long version [2004] @ Harvard University Press
Version longue francophone imprimée [2006] @ éd. Criticalsecret
(traduction Club post-1984 Mary Shelley & Cie Hacker Band)
L'article Un manifeste Hacker dans fr.wikipédia
UN MANIFESTE HACKER [v.5.8]
Première traduction française Olivier Surel
pour www.criticalsecret.com, automne-hiver 2002
00. L’ époque dans laquelle nous vivons voit l’émergence d’une instabilité globale. La prolifération des vecteurs de communication engendre une géographie virtuelle d’évènements qui s’opposent à l’espace de rationalité et de transparence promis par les « cyber ». Cette géographie virtuelle constitue un espace d’événements, source de grand danger, mais aussi de grand espoir. Grand danger, en ce qu’une nouvelle classe dominante, statuée sur le contrôle des vecteurs commerciaux et stratégiques d’information, une classe vectorialiste, accède au pouvoir. Grand espoir, en ce qu’un nouveau mouvement subversif surgisse aussi, non pas pour mettre ce nouvel ordre au défi, mais s’en extraire. C’est ce que j’appelle la « classe des hackers » — nommée ainsi d’après ses éléments fondateurs dans l’industrie du logiciel et des machines, mais qui comprend réellement tous les créateurs de « propriété intellectuelle » que la classe vectorialiste cherche à monopoliser —. Le défi, pour la classe des hackers, est de déstabiliser l’unité de la propriété et de la représentation proposée par l’ordre vectorialiste d’information marchandisée.
01. Le monde est hanté par une entité duale, la dualité de l’abstraction, qui a pour organes tributaires la fortune des états et des armées, des entreprises et des collectivités. Elle règne sur toutes les classes concurrentes : propriétaires et fermiers, travailleurs et capitalistes – dont les fortunes respectives sont aujourd’hui encore dépendantes. Toutes les classes sauf une. La classe des hackers.
02. Quel que soit le code hacké, quelle que soit sa forme, langage programmatique ou poétique, mathématique ou musical, nous créons la possibilité de mettre au monde des formes nouvelles. Pas toujours de grandes choses, pas même de bonnes choses, mais de nouvelles choses. Arts, sciences, philosophie, culture : dans toute production de savoir dans laquelle des données peuvent être accumulées, d’où l’information peut être extraite, dans laquelle cette information produit de nouvelles possibilités pour le monde, il y a des hackers qui libèrent les formes émergentes des formes classiques. Nous sommes les créateurs de ces mondes, mais ne les possédons pas. Notre création est disponible aux autres, et dans leurs intérêts propres, ceux des états et corporations industrielles et financières qui contrôlent les moyens pratiques de la faisabilité de ces mondes et dont nous sommes les seuls pionniers. Nous ne possédons pas ce que nous produisons : cette même production nous possède.
03. Nous ne savons pas encore qui nous sommes. Nous reconnaissons notre existence distinctive comme groupes, programmeurs,artistes, écrivains, scientifiques, musiciens : au delà de la représentation négative de cette masse d’éléments fragmentaires et épars d’une classe qui lutterait encore pour s’exprimer d’elle-même pour elle-même, comme autant d’expressions du procédé de production d’abstraction dans le monde. Geeks et freaks naissent dans le négatif de leur exclusion originelle par les autres. Les hackers sont une classe, mais une classe virtuelle, une classe qui doit se hacker elle-même pour son existence manifeste en tant que telle : une classe utopiste.
L’abstraction
04. L’abstraction peut se présenter sous la forme objectale d’une découverte ou d’un produit matériel ou immatériel, mais elle est avant tout l’affirmation et le produit de chaque hack. Abstraire c’est construire un plan sur lequel des matières différentes et sans filiation apparente peuvent être mises en autant de relations possibles. C’est à travers l’abstrait que le virtuel est identifié, produit et mis en circulation. Le virtuel n’est pas seulement le potentiel latent des matières, c’est le potentiel du potentiel. Hacker c’est produire ou appliquer l’abstrait à l’information et exprimer par-là l’émergence de nouveaux mondes possibles.
05. Tandis que l’abstraction de la propriété privée s’etendait à l’information, elle a fait naître la classe des hackers. Les hackers doivent vendre leur capacité d’abstraction à une classe qui détient les moyens de production, la classe vectorialiste - la classe dominante émergente de notre temps. La classe vectorialiste nourrit une lutte intensive pour déposséder les hackers de leur propriété intellectuelle. Les licences et les copyrights finissent non pas entre les mains de leurs créateurs, mais entre celles de la classe vectorialiste qui détient les moyens de réalisation de la valeur de ces abstractions. La classe vectorialiste lutte pour monopoliser l’abstraction. Les hackers se trouvent dépossédés à la fois à l’échelle individuelle, mais aussi à l’échelle de classe. Les hackers en viennent petit à petit à lutter contre les formes particulières dans lesquelles l’abstraction est transformée en marchandise et par suite en propriété exclusive de la classe vectorialiste. Les hackers mènent une lutte collective contre les charges usuelles extorquées par les vectorialistes pour accéder aux informations que les hackers produisent collectivement, mais qui deviennent peu à peu la propriété collective des vectorialistes. Les hackers se constituent en classe pour la reconnaissance de leurs intérêts de classe trouvant leur meilleure expression dans la lutte pour libérer la production d’abstraction, et pas seulement des entraves singulières de telle ou telle forme de propriété, mais pour abstraire la forme de la propriété elle-même. L’abstraction de la propriété doit être abstraite d’elle-même.
06. Ce qui rend notre époque singulière, c’est l’émergence de la possibilité d’une vie quasiment libérée de toute nécessité, qu’elle soit réelle ou fantasmée, par une explosion d’innovations abstraites. L’abstraction comprenant une fois pour toutes la potentialité de briser les chaînes maintenant le hacking a un niveau d’intérêts de classe obsolète et régressif.
La production
07. La production produit toute chose, et tous les producteurs de choses. La production ne produit pas seulement l’objet du processus productif, mais aussi le producteur comme sujet. Le hacking est la production de la production. Le hack produit une production d’un genre nouveau, de laquelle résulte un produit unique et singulier, et un producteur unique et singulier. Tout hacker est en même temps le producteur et le produit du hack, et émerge en sa singularité comme l’engramme du hack en tant que processus.
08. Le hack produit un excédent aussi utile qu’inutile, quoique l’utilité d’un excédent soit déterminée par sa condition historique et sociale. L’excédent utile émerge donc comme élément expanseur du domaine de la liberté, affranchi de toute nécessité. L’excédent inutile est l’excédent de liberté lui-même, la marge de production libre exempte de la production pour la nécessité.
09. La production d’un excédent crée la possibilité d’une expansion de la liberté par la nécessité. Mais dans la société de classes, la production d’un excédent crée aussi de nouvelles nécessités. Le rapport dominant de classe prend une forme captatrice du potentiel productif de la société et de son attèlement à la production, non de liberté, mais bel et bien de domination de classe. La classe dominante subordonne le hack à l’entretien de formes de production qui maintiennent le pouvoir de classe, et à la suppression ou à la marginalisation d’autres formes de hacking. Les classes productrices - fermiers, travailleurs et hackers - ont un intérêt commun : Libérer la production de la subordination par les classes dominantes, qui transforment la production en production de nouvelles nécessités, et de l’esclavage par l’excèdent. Les éléments d’une productivité libre existent déjà dans une forme atomisée, dans les classes productives. Reste encore à le libérer de sa virtualité.
La classe
10. La lutte des classes, dans ses revirements et compromis retourne toujours à la même question sans réponse - celle de la propriété - et les classes concurrentes reviennent sans cesse avec de nouvelles réponses. La classe des travailleurs a questionné la nécessité de propriété privée, et le parti communiste survenant, prétendait répondre aux désirs de la classe ouvrière. La réponse, exprimée dans le Manifeste du parti Communiste était de « centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat. » Mais faire de l’état le monopole de la propriété a seulement produit une nouvelle classe dominante, et une forme nouvelle de lutte des classes, plus brutale. Mais peut-être cette réponse ne fut-elle pas définitive, la lutte des classes n’aurait alors pas encore pris terme. Une nouvelle classe peut-elle d’une autre manière, poser la question de la propriété - et offrir de nouvelles réponses pour briser le monopole des classes dominantes sur la propriété.
11. L’information, comme le sol ou le capital, devient une forme de propriété monopolisée par une classe dominante, dans ce cas précis, une classe de vectorialistes, nommés ainsi parce qu’ils contrôlent les vecteurs par lesquels l’information est abstraite, tout comme les capitalistes contrôlent les moyens matériels par lesquels les biens sont produits, les pastoralistes le sol et la production de nourriture. L’information a circulé à travers la culture de la classe des travailleurs comme propriété sociale appartenant à tous. Mais quand l’information tend à devenir une forme de propriété privée, les travailleurs s’en trouvent dépossédés, et doivent acheter leur culture propre chez ceux qui la détiennent, la classe vectorialiste. Le temps dans sa totalité, le temps lui-même, devient une expérience marchande.
12. Les vectorialistes tentent de briser le monopole du capital sur le processus de production, et subordonnent la production des marchandises à la circulation de l’information. Les grandes sociétés se privent de leur capacité productive, celle-ci n’étant plus une source de puissance. Leur puissance se situe alors dans la monopolisation de la propriété intellectuelle - brevets et marques - et les moyens de reproduire leur valeur - les vecteurs de communication. La privatisation de l’information devient plus qu’un aspect subsidiaire, l’aspect dominant de la vie marchande. Alors que la propriété du sol et sa rente foncière se transforment en capital, et du capital à l’information, la propriété elle-même en devient plus abstraite. Tout comme le capital comme propriété libère le sol de sa fixité spatiale, l’information comme propriété libère le capital de sa fixité objectale.
13. La classe des hackers, productrice de nouvelles abstractions, prend une importance grandissante aux regards successifs de chaque classe dominante, chacune dépendant de plus en plus de l’information comme ressource. La classe des hackers émerge de la transformation de l’information en propriété, sous forme de propriété intellectuelle, comprenant les licences, marques déposées, copyrights et droits moraux des auteurs. La classe des hackers est la classe qui détient la capacité de créer non seulement un nouveau type d’objets et de sujets dans le monde, non seulement de nouvelles formes-types de propriétés dans lesquelles ils pourraient trouver reflet, mais de nouveaux types de relations au-delà de la forme-propriété. La formation de la classe des hackers comme classe survient à ce moment précis où émerge la possibilité de s’affranchir des nécessités et du rapport dominant de classe.
La propriété
14. La propriété se présente sous la forme d’un plan abstrait sur lequel toutes choses peuvent exister sous la même qualité commune, celle de la propriété. Le sol est la forme première de la propriété. Les pastoralistes acquièrent le sol comme propriété privée à travers la dépossession forcée des paysans qui en partageaient une portion sous la forme d’une possession collective. Le capital est la seconde forme de la propriété, la privatisation de biens productifs sous la forme d’outils, de machines et de matériaux de travail. Le capital, au contraire du sol, n’est pas un objet fixe ni supplet à une subsistance. Il peut être modelé et remodelé, transporté, accumulé et dispersé. Un degré infiniment supérieur de potentialité peut être extrait du monde comme ressource productive, dès lors que le plan abstrait de la propriété tient à la fois du sol et du capital. Mais l’abstraction de la production de marchandises ne prend pas terme avec le capitalisme. La transformation de l’information en une forme bien plus abstraite de la propriété, y compris de son expression matérielle, mène la marchandisation dans une troisième phase de développement, jusqu’ici non théoriquement prise en charge.
15. Les hackers doivent évaluer leurs intérêts non pas comme propriétaires, mais comme producteurs, ce qui les distingue précisément de la classe vectorialiste. Les hackers ne tirent pas profit ni possession du simple fait de détenir de l’information. Ils produisent une information nouvelle, les producteurs éprouvant le besoin d’y accéder, au delà de la domination absolue de la forme-marchandise. Le hacking comme activité expérimentale pure, et libre, doit se libérer de toute contrainte sauf auto-imposée. C’est seulement par sa liberté autonome qu’il produit les moyens de production d’un excèdent de liberté, et de liberté comme excèdent.
16. La propriété privée survient en opposition non seulement à la propriété féodale, mais aussi aux formes traditionnelles de l’économie symbolique, qui étaient une entrave à la productivité croissante de l’économie marchande. Qualitative, l’économie symbolique a été supplantée par un échange quantifié, monétarisé. L’argent est le médium par lequel le sol, le capital, l’information et le travail se confrontent sous forme d’entités abstraites, réduites à un plan de quantification abstrait. L’objet de l’économie symbolique devient alors une forme marginale de la propriété, envahie de toute part par la marchandise, reléguée au rang de la consommation. L’économie symbolique est marginal, mais joue néanmoins un rôle vital dans la concrétisation des relations réciproques de gens qui ne sont confrontés les uns aux autres qu’en tant qu’acheteurs ou vendeurs de marchandises. Néanmoins, partout où le vecteur passe, il porte avec lui la possibilité pratique de la relation symbolique.
17. La classe des hackers maintient une affinité profonde avec l’économie symbolique. Le hacker lutte pour produire une subjectivité singulière et qualitative, par l’acte du hack lui-même. L’économie symbolique, comme échange qualitatif entre des parties singulières permet à chaque partie d’être reconnue comme productrice singulière, comme sujet de production, plutôt que comme objet quantifié ou marchand. L’économie symbolique exprime d’une manière sociale et collective la subjectivité de la production de production, considérant que la propriété marchande représente le producteur comme objet uniquement de valeur relative, à l’instar de toute autre marchandise quantifiable. L’économie symbolique de l’information ne doit pas influer négativement sur la propriété informationnelle, l’information ne devant pas souffrir des artifices de la pénurie une fois libérée du processus de marchandisation.
18. La classe vectorialiste a inconsciemment contribué au développement d’un espace vectorial au sein duquel le don comme propriété aurait pu ressurgir, mais elle a très vite reconnu son erreur. L’économie vectoriale se développant, elle tend de moins en moins à prendre la forme d’un espace social ouvert d’économie symbolique libre, de plus en plus celle d’un espace de production marchandisée destiné aux marchés privés. La classe vectorialiste peut à contre-coeur concéder une certaine marge d'information socialisée, comme prix à payer au sein d’une démocratie pour la promotion de ses intérêts spécifiques. Mais la classe vectorialiste distingue clairement l’enjeu representé par l’économie symbolique, non seulement à ses profits mais à son existence-même. L’économie symbolique est la preuve virtuelle de la nature parasitaire et superflue des vectorialistes comme classe.
Le Vecteur
19. En épidémiologie, un vecteur est le moyen particulier par lequel un agent pathogène donné se déplace d’une population à une autre. L’eau est vectrice du choléra ; les fluides corporels, du VIH. Par extension, le vecteur incarne tout moyen par lequel l’information transite. Le télégraphe, le téléphone, la télévision, les télécommunications : ces termes ne définissent pas seulement des vecteurs particuliers, mais une capacité abstraite générale qu’ils portent au monde et à son expansion. Tous représentent des formes télésthésiques, ou de perception à distance. Un vecteur médiatique donné possède certaines propriétés déterminées de vitesse, de bande passante, d’échelle et de trajectoire, mais il peut être déployé n’importe où, du moins en principe. Le développement inégal du vecteur est politique et économique, non technique.
20. Avec la marchandisation de l’information vient sa vectorialisation. Extraire un excèdent d’information demande une technologie capable de transporter l’information à travers l’espace, mais aussi à travers le temps. L’archive est un vecteur qui traverse le temps tout comme la communication est un vecteur qui traverse l’espace. La classe vectoriale devient elle-même une fois qu’elle détient des technologies puissantes pour vectorialiser l’information. La classe vectoriale peut marchandiser les stocks d’information, les flux ou les vecteurs eux-mêmes. Un stock d’information est une archive, un corps d’information maintenu à travers le temps qui a une valeur persistante. Un flux informationnel détient la capacité d’extraire l’information de la valeur provisoire des évènements et de la distribuer largement et rapidement. Le vecteur est le moyen d’effectuer à la fois la distribution temporelle d’un stock et la distribution spatiale d’un flux d’information. Le pouvoir vectorial combine généralement la détention de ces trois aspects.
21. La classe vectoriale lutte de toute part pour maintenir son pouvoir subjectif sur le vecteur, mais bien que réalisant du profit par sa prolifération, certaines de ses capacités lui échappent toujours. Afin de faire du profit par l’information, ils « vendent à la sauvette » par le vecteur, et à un certain niveau, ils doivent s’adresser à la grande majorité des classes productrices plutôt comme sujets que comme objets de la marchandisation. La classe des hackers cherche la libération du vecteur de l’emprise du règne de la marchandise, mais pas pour l’instituer indistinctement libre. Il cherche à le rendre sujet d’un developpement collectif et démocratique. La classe des hackers peut libérer en principe seulement le vecteur de la virtualité. Tout dépendera d’une alliance de toutes les classes productives afin de réaliser ce potentiel, d’une organisation subjective et de l’utilisation des vecteurs disponibles pour un devenir-ensemble subjectif.
Le Hacking
22. Le virtuel est le véritable domaine du hacker. C’est à partir du virtuel que le hacker produit de nouvelles interprétations de l’actuel. Pour le hacker, ce qui est représenté comme étant réel est toujours partiel, limité, et peut-être même faux. Pour le hacker, il y a toujours dans l’actuel l’expression d’un excèdent de possible, l’excèdent du virtuel. C’est le domaine incompressible de ce qui est réel sans être actuel, ce qui n’est pas mais qui pourrait être. Hacker, c’est libérer le virtuel dans l’actuel, pour exprimer la différence du réel.
23. A travers l’application de l’abstraction, la classe des hackers produit la possibilité de la production, la possibilité de faire quelquechose du et avec le monde – et de vivre de l’excèdent produit par l’application de l’abstraction à la nature – de toute nature. A travers la production de nouvelles formes d’abstraction, la classe des hackers produit la possibilité du futur – pas seulement « le futur », mais un éventail infini de futurs possibles, le futur lui-même comme virtualité.
24. Soumis à la sanction de la loi, le hack devient une propriété finie, et la classe des hackers émerge, comme toutes les classes émergent, de la relation à une forme de propriété. Comme toutes les formes de propriété, la propriété intellectuelle impose une relation de pénurie. Elle assigne un droit de propriété à un propriétaire, aux dépens de non-propriétaires, à une classe de possesseurs aux dépens d’espoliés.
25. De l’extension qu’incarne le hack lui-même dans la forme de la propriété, il confère au hacker des intérêts de classe très différents des autres classes, qu’elles soient exploitantes ou exploitées. L’intérêt de classe des hackers se situe premièrement et principalement dans la libre circulation de l’information, ceci étant la condition nécéssaire pour renouveler le statut de hack comme propriété, comme quelquechose duquel une source de revenus pourrait dériver, donnant quelque indépendance au hacker par rapport aux classes dominantes.
26. La nature véritable du hack produit chez le hacker une crise d’identité. Le hacker cherche une représentation de sa condition dans l’identification à d’autres classes. Certains se voient en vectorialistes, vivant sur l’exploitation de leur propriété précaire. Certains se voient comme travailleurs, mais privilégiés par rapport aux individus salariés. La classe des hackers s’est produite elle-même comme elle-même, mais pas pour elle-même. Elle ne possède pas (encore) la conscience de sa conscience. Elle n’est pas au fait de sa propre virtualité. Elle doit trancher entre ses intérêts compétitifs dans le hack, et son intérêt collectif vers une relation inter-hackers qui exprimerait un futur ouvert et progressiste. Un futur auquel l’utopie de l’information libre et gratuite désignerait sa négation par sa forme-propriété.
La révolte
27. Les révoltes de 1989 sont les évènements « phares » de notre temps. Ce que les révoltes de 1989 ont accompli, c’est le renversement d’un régime défavorable à la reconnaissance de la valeur du hack, privant ses hackers, travailleurs et paysans de l’accession aux surplus. Son cryonisme et sa kleptocracie, sa bureaucratie, son idéologie, sa police et ses espions ont privé ses paysans et ses capitalistes des fruits de la croissance innovatrice.
28. Les révoltes de 1989 ont mis fin aux sentiments de lâcheté et de nécéssité. Au moins pour un temps. Elles ont réhabilité la demande illimitée pour un état de liberté au sein des priorités historiques mondiales. Au moins pour un temps. Elles ont révélé le destin latent de l’histoire du monde afin d’exprimer la virtualité pure du devenir. Au moins pour un temps, avant que de nouveaux états s’unifient et déclarent légitime leur représentation des désirs de la révolte. Les révoltes de 1989 ont ouvert la porte au virtuel, mais les Etats qui s’y sont regroupés, la refermèrent très vite. Le véritable fruit des ces révoltes est peut-être la certitude de l’existence d’un monde ouvert au pouvoir vectorial.
29. Le mouvement protestataire anti-mondialisation des années 90 est une vague qui tient son origine dans l’apparition de ces évènements phares, mais une vague qui ignorait tout de son appartenance initiale. Ce mouvement de révolte dans le monde surdéveloppé identifie le pouvoir vectorial montant comme un ennemi de classe, mais bien trop souvent il s’est rendu captif des intérêts partiels et provisoires des classes capitalistes et agricoles locales. Une révolte qui dans sa primeur doit encore découvrir les liens entre sa machine de désir sans limites pour un état de liberté, et l’art de formuler des demandes tactiques.
30. La lutte des classes au sein des nations et celle des empires entre eux, a pris le profil de deux types de politiques distincts. L’un régressif, cherchant le retour à un passé imaginaire, utilisant les frontières nationales comme nouveaux murs, écrans derrière lesquels de probables alliances pourraient protéger leurs intérêts existants au nom d’un passé glorieux. Le deuxième type se fonde dans la politique progressiste des mouvements. La politique des mouvements cherche l’accélération vers un futur inconnu, l’utilisation des flux internationaux, le commerce ou l’activisme comme moyens de lutter pour de nouvelles sources de richesse et de liberté qui outrepasseraient les limitations imposées par les coalitions nationales.
31. Aucune de ces politiques ne répond aux vieilles normes de gauche ou de droite, que les révolutions de 1989 ont définitivement dissoutes. La politique régressive rassemble des impulsions luddistes de la gauche et celles racistes et réactionnaires de la droite dans une alliance contre-nature, contre les nouvelles sources de pouvoir. La politique progressiste se constitue rarement en alliance, mais constitue deux procédés parallèles enclos dans un dialogue de suspicion mutuelle, dans lequel les forces libérales de la droite et la justice sociale, les forces des droits de l’homme de la gauche cherchent ensemble des solutions non-nationales et transnationales pour débloquer un système de pouvoir qui ne cesse de croître au niveau national.
32. Il y a un troisième type de politique, qui se tient hors des alliances et des compromis du monde de l’après-89. Quand les politiques progressistes et regressives deviennent des politiques représentatives, qui traitent avec des alliances de partis et d’intérêts, cette politique du troisième type est une politique sans Etat, qui cherche une issue à la politique en tant que telle. Une politique du hack, inventant des relations hors de la représentation.
33. La politique de l’information est une lutte contre la propriété marchande elle-même. Elle n’est pas une lutte pour la collectivisation de la propriété, ceci étant toujours une forme de propriété. C’est la lutte pour libérer ce qui peut-être libéré des deux principales formes de marchandise – sa forme totalisante du marché, et sa forme au stade bureaucratique. Ce qui pourrait être libéré de la forme-marchandise d’un seul coup, ce n’est ni le capital ni le sol, mais l’information. Toutes les autres formes de propriété sont exclusives. La possession individuelle exclut, par définition, cette même possession par un autre. Mais l’information comme propriété peut-être partagée sans privation sauf état de crise. L’information est précisément ce qui échappe à la forme-marchandise.
34. La politique porte son potentiel informatif à partir du moment où elle pratique la libération de la virtualité de l’information. En libérant l’information de son statut objectal en tant que marchandise, on libère aussi la force subjective de cet état. Sujet et objet se rencontrent au dehors de leur simple manque réciproque, par leur simple désir l’un pour l’autre. La politique de l’information ne cherche pas à renverser la société existante, ou à réformer ses grandes structures, ou même à préserver sa structure pour maintenir une coalition d’intérêts. Elle cherche à rendre les états existants perméables à un nouvel état d’existence, semant le grain d’une pratique alternative de la vie quotidienne.
35. La production des marchandises éprouve une phase transitionnelle, de la domination du capital comme propriété vers la domination de l’information comme propriété. La théorie radicale et réformiste de cette transition au-delà de la production de marchandises n’a pas encore effectué cette même transition. Ce corps théorique a éprouvé deux phases, qui correspondent respectivement à deux types d’erreurs. Dans la première phase, où le mouvement prolétarien détenait encore les outils théoriques, on assista à une sacralisation de l’infrastructure, ou d’une économie de la formation sociale. Dans la seconde phase, la théorie devint l’outil du radicalisme universitaire, sacralisant ici les superstructures culturelles et idéologiques. La théorie du premier type relègue ici la superstructure au rang de simple miroir de l’économie; tandis que la seconde lui allègue une autonomie relative. Aucune des deux ne saisit les changements fondamentaux qui s’opèrent dans la production de marchandises, rendant obsolète la compréhension de la formation sociale et des nouveaux types de luttes des classes aujourd’hui émergentes, sous l’égide dominante de l’information comprise comme propriété. Entre économie culture, la propriété est un concept qui occupe une place mineure. Notre tâche est aujourd’hui de saisir le développement historique de la production de marchandises du point de vue de la propriété, plateforme sur laquelle infrastructure, superstructure et la lutte des classes prennent pied.
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"A HACKER MANIFESTO" English/US version [v.5.2]
http://subsol.c3.hu/subsol_2/contributors0/warktext.html
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| Reproduction libre : Prévenir l'auteur /
call: © McKENZIE WARK, Associate Professor of Cultural and Media Studies at Eugene Lang College and The New School for Social Research,
New York N.Y. The USA
Mention du traducteur /
Mention the Translator Olivier Surel
Original English/US version [v.5.8]
00. These are times of an emergent global instability. The proliferation of communication vectors creates a virtual geography of events which is the opposite of the rational and transparent space promised by 'cyberhype'. This virtual geography is an event-space of both great danger and great promise. Great danger, in that a new ruling class, based on control of strategic and commercial vectors of information, a vectoralist class, is coming to power. Great promise, in that a new subversive movement also arises, not to challenge but to evade this new order. This I call the 'hacker class' -- named after its leading elements in software and hardware engineering, but which really includes all creators of the 'intellectual property' that the vectoralist class seeks to monopolise. The challenge for the hacker class is to destabilise the unity of property and representation proposed by the vectoralist order of commodified information.
01. There is a double spooking the world, the double of abstraction. The fortunes of states and armies, companies and communities depend on it. All contending classes - the.landlords and farmers, the workers and capitalists - revere yet fear the relentless
abstraction of the world on which their fortunes yet depend. All the classes but one. The hacker class.
02. Whatever code we hack, be it programming language, poetic language, math or
music, curves or colourings, we create the possibility of new things entering the world. Not always great things, or even good things, but new things. In art, in science, in philosophy and culture, in any production of knowledge where data can be gathered, where information can be extracted from it, and where in that information new possibilities for the world are produced, there are hackers hacking the new out of the old. While hackers create these new worlds, we do not possess them. That which we create is mortgaged to others, and to the interests of others, to states and corporations who control the means for making worlds we alone discover. We do not own what we produce – it owns us.
03. And yet we don't quite know who we are. While we recognise our distinctive
existence as a group, as programmers, as artists or writers or scientists or musicians, we rarely see these ways of representing ourselves as mere fragments of a class experience that is still struggling to express itself as itself, as expressions of the process of producing abstraction in the world. Geeks and freaks become what they are negatively, through the exclusion by others. Hackers are a class, but a virtual class, a class as yet to hack itself into manifest existence as itself : an atopist class.
Abstraction
04. Abstraction may be discovered or produced, may be material or immaterial, but
abstraction is what every hack produces and affirms. To abstract is to construct a plane upon which otherwise different and unrelated matters may be brought into many
possible relations. It is through the abstract that the virtual is identified, produced and
released. The virtual is not just the potential latent in matters, it is the potential of
potential. To hack is to produce or apply the abstract to information and express the
possibility of new worlds.
05. As the abstraction of private property was extended to information, it produced the hacker class as a class. Hackers must sell their capacity for abstraction to a class that owns the means of production, the vectoralist class -- the emergent ruling class of our time. The vectorialist class is waging an intensive struggle to dispossess hackers of their intellectual property. Patents and copyrights all end up in the hands, not of their creators, but of the vectoralist class that owns the means of realising the value of these abstractions. The vectoralist class struggles to monopolise abstraction. Hackers find themselves dispossessed both individually, and as a class. Hackers come piecemeal to struggle against the particular forms in which abstraction is commodified and made into the private property of the vectoralist class. Hackers come to struggle collectively against the usurious charges the vectoralists extort for access to the information that hackers collectively produce, but that vectoralists collectively come to own. Hackers come as a class to recognise their class interest is best expressed through the struggle to free the production of abstraction not just from the particular fetters of this or that form of.property, but to abstract the form of property itself. The abstraction of property must be abstracted from itself.
06. What makes our times different is that what now appears on the horizon is the
possibility of a life finally set free from necessity, both real and imagined, by an explosion in abstract innovations. Abstraction with the potential once and for all to break the shackles holding hacking fast to outdated and regressive class interests.
Production
07. Production produces all things, and all producers of things. Production produces not only the object of the production process, but also the producer as subject. Hacking is the production of production. The hack produces a production of a new kind, which has as its result a singular and unique product, and a singular and unique producer. Every hacker is at one and the same time producer and product of the hack, and emerges in its singularity as the memory of the hack as process.
08. The hack produces both a useful and a useless surplus, although the usefulness of any surplus is socially and historically determined. The useful surplus goes into expanding the realm of freedom wrested from necessity. The useless surplus is the surplus of freedom itself, the margin of free production unconstrained by production for necessity.
09. The production of a surplus creates the possibility of the expansion of freedom from necessity. But in class society, the production of a surplus also creates new necessities. Class domination takes the form of the capture of the productive potential of society and its harnessing to the production, not of liberty, but of class domination itself. The ruling class subordinates the hack to the maintenance of forms of production that maintain class.power, and the suppression or marginalisation of other forms of hacking. What the producing classes - farmers, workers and hackers - have in common is an interest in freeing production from its subordination to ruling classes who turn production into the production of new necessities, who wrest slavery from surplus. The elements of a free productivity exist already in an atomised form, in the productive classes. What remains is the release of its virtuality.
Class
10. The class struggle, in its endless setbacks, reversals and compromises returns again and again to the unanswered question - property - and the contending classes return again and again with new answers. The working class questioned the necessity of private property, and the communist party arose, claiming to answer the desires of the working class. The answer, expressed in the Communist Manifesto was to "centralise all instruments of production in the hands of the state." But making the state the monopolist of property has only produced a new ruling class, and a new and more brutal class struggle. But perhaps this was not the final answer, and the course of the class struggle is not yet over. Perhaps there is another class that can pose the property question in a new way - and offer new answers to breaking the monopoly of the ruling classes on property.
11. Information, like land or capital, becomes a form of property monopolised by a ruling class, in this case a class of vectoralists, so named because they control the vectors along which information is abstracted, just as capitalists control the material means with which goods are produced, and pastoralists the land with which food is produced. Information circulated within working class culture as a social property belonging to all. But when.information in turn becomes a form of private property, workers are dispossessed of it, and must buy their own culture back from its owners, the vectoralist class. The whole of time, time itself, becomes a commodified experience.
12. Vectoralists try to break capital's monopoly on the production process, and
subordinate the production of goods to the circulation of information. The leading
corporations divest themselves of their productive capacity, as this is no longer a source of power. Their power lies in monopolising intellectual property - patents and brands - and the means of reproducing their value - the vectors of communication. The privatisation of information becomes the dominant, rather than a subsidiary, aspect of commodified life. As private property advances from land to capital to information, property itself becomes more abstract. Just as capital as property frees land from its spatial fixity, information as property frees capital from its fixity in a particular object.
13. The hacker class, producer of new abstractions, becomes more important to each
successive ruling class, as each depends more and more on information as a resource. The hacker class arises out of the transformation of information into property, in the form of intellectual property, including patents, trademarks, copyright and the moral right of authors. The hacker class is the class with the capacity to create not only new kinds of object and subject in the world, not only new kinds of property form in which they may be represented, but new kinds of relation beyond the property form. The formation of the hacker class as a class comes at just this moment when freedom from necessity and from class domination appears on the horizon as a possibility.
Property.
14. Property constitutes an abstract plane upon which all things may be things with one quality in common, the quality of property. Land is the primary form of property.
Pastoralists acquire land as private property through the forced dispossession of peasants who once shared a portion of it in a form of public ownership. Capital is the secondary form of property, the privatisation of productive assets in the form of tools, machines and working materials. Capital, unlike land, is not in fixed supply or disposition. It can be made and remade, moved, aggregated and dispersed. An infinitely greater degree of potential can be released from the world as a productive resource once the abstract plane of property includes both land and capital. But the abstraction of commodity production does not end with capitalism. The transformation of information into an even more abstract form of property, abstracted even from its material expression, takes commodification into a third, as yet uncharted phase of development.
15. Hackers must calculate their interests not as owners, but as producers, for this is what distinguishes them from the vectoralist class. Hackers do not merely own, and profit by owning information. They produce new information, and as producers need access to it free from the absolute domination of the commodity form. Hacking as a pure, free experimental activity must be free from any constraint that is not self imposed. Only out of its liberty will it produce the means of producing a surplus of liberty and liberty as a surplus.
16. Private property arose in opposition not only to feudal property, but also to
traditional forms of the gift economy, which were a fetter to the increased productivity of the commodity economy. Qualitative, gift exchange was superseded by quantified, monetised exchange. Money is the medium through which land, capital, information and labour all confront each other as abstract entities, reduced to an abstract plane of measurement. The gift becomes a marginal form of property, everywhere invaded by the commodity, and turned towards mere consumption. The gift is marginal, but nevertheless plays a vital role in cementing reciprocal and communal relations among people who otherwise can only confront each other as buyer and sellers of commodities. As vectoral production develops, the means appear for the renewal of the gift economy. Everywhere that the vector reaches, it brings into the orbit of the commodity. But everywhere the vector reaches, it also brings with it the possibility of the gift relation.
17. The hacker class has a close affinity with the gift economy. The hacker struggles to produce a subjectivity that is qualitative and singular, in part through the act of the hack itself. The gift, as a qualitative exchange between singular parties allows each party to be recognised as a singular producer, as a subject of production, rather than as a commodified and quantified object. The gift expresses in a social and collective way the subjectivity of the production of production, whereas commodified property represents the producer as an object, a quantifiable commodity like any other, of relative value only. The gift of information need not give rise to conflict over information as property, for information need not suffer the artifice of scarcity once freed from commodification.
18. The vectoralist class contributed, unwittingly, to the development of the vectoral
space within which the gift as property could return, but quickly recognised its error. As the vectoral economy develops, less and less of it takes the form of a social space of open and free gift exchange, and more and more of it takes the form of commodified production for private sale. The vectoralist class can grudgingly accommodate some margin of socialised information, as the price it pays in a democracy for the furtherance of its main interests. But the vectoralist class quite rightly sees in the gift a challenge not just to its profits but to its very existence. The gift economy is the virtual proof for the parasitic and superfluous nature of vectoralists as a class.
Vector
19. In epidemiology, a vector is the particular means by which a given pathogen travels from one population to another. Water is a vector for cholera, bodily fluids for HIV. By extension, a vector may be any means by which information moves. Telegraph, telephone, television, telecommunications: these terms name not just particular vectors, but a general abstract capacity that they bring into the world and expand. All are forms of telesthesia, or perception at a distance. A given media vector has certain fixed properties of speed, bandwidth, scope and scale, but may be deployed anywhere, at least in principle. The uneven development of the vector is political and economic, not technical.
20. With the commodification of information comes its vectoralisation. Extracting a
surplus from information requires technologies capable of transporting information
through space, but also through time. The archive is a vector through time just as
communication is a vector that crosses space. The vectoral class comes into its own once it is in possession of powerful technologies for vectoralising information. The vectoral class may commodify information stocks, flows, or vectors themselves. A stock of information is an archive, a body of information maintained through time that has enduring value. A flow of information is the capacity to extract information of temporary value out of.events and to distribute it widely and quickly. A vector is the means of achieving either the temporal distribution of a stock, or the spatial distribution of a flow of information. Vectoral power generally combines ownership of all three aspects.
21. The vectoral class struggles at every turn to maintain its subjective power over the
vector, but as it continues to profit by the proliferation of the vector, some capacity over it always escapes control. In order to market and profit by the information it peddles over the vector, it must in some degree address the vast majority of the producing classes as subjects, rather than as objects of commodification. The hacker class seeks the liberation of the vector from the reign of the commodity, but not to set it indiscriminately free. Rather, to subject it to collective and democratic development. The hacker class can release the virtuality of the vector only in principle. It is up to an alliance of all the productive classes to turn that potential to actuality, to organise themselves subjectively, and use the available vectors for a collective and subjective becoming.
Hacking
22. The virtual is the true domain of the hacker. It is from the virtual that the hacker
produces ever-new expressions of the actual. To the hacker, what is represented as being real is always partial, limited, perhaps even false. To the hacker there is always a surplus of possibility expressed in what is actual, the surplus of the virtual. This is the inexhaustible domain of what is real without being actual, what is not but which may be. To hack is to release the virtual into the actual, to express the difference of the real.
23. Through the application of abstraction, the hacker class produces the possibility of
production, the possibility of making something of and with the world - and of living off.the surplus produced by the application of abstraction to nature - to any nature. Through the production of new forms of abstraction, the hacker class produces the possibility of the future - not just 'the' future, but an infinite possible array of futures, the future itself as virtuality.
24. Under the sanction of law, the hack becomes a finite property, and the hacker class emerges, as all classes emerge, out of a relation to a property form. Like all forms of property, intellectual property enforces a relation of scarcity. It assigns a right to a property to an owner at the expense of non-owners, to a class of possessors at the expense of the dispossessed.
25. To the extent that the hack embodies itself in the form of property, it gives the hacker class interests quite different from other classes, be they exploiting or exploited classes. The interest of the hacker class lies first and foremost in a free circulation of information, this being the necessary condition for the renewed statement of the hack. But the hacker class as class also has an interest in the representation of the hack as property, as something from which a source of income may be derived that gives the hacker some independence from the ruling classes.
26. The very nature of the hack gives the hacker a crisis of identity. The hacker searches for a representation of what it is to be a hacker in the identities of other classes. Some see themselves as vectoralists, trading on the scarcity of their property. Some see themselves as workers, but as privileged ones in a hierarchy of wage earners. The hacker class has produces itself as itself, but not for itself. It does not (yet) possess a consciousness of its consciousness. It is not aware of its own virtuality. It has to distinguish between its.competitive interest in the hack, and its collective interest in discovering a relation among hackers that expresses an open and ongoing future. A future to which the utopia of free information points in its negation of the property form.
Revolt
27. The revolts of 1989 are the signal events of our time. What the revolts of 1989 achieved was the overthrow of regimes so impervious to the recognition of the value of the hack that they had starved not only their hackers but also their workers and farmers of any increase in the surplus. With their cronyism and kleptocracy, their bureaucracy and ideology, their police and spies, they starved even their pastoralists and capitalists of innovative transformation and growth.
28. The revolts of 1989 overthrew boredom and necessity. At least for a time. They put back on the world historical agenda the limitless demand for free statement. At least for a time. They revealed the latent destiny of world history to express the pure virtuality of becoming. At least for a time, before new states cobbled themselves together and claimed legitimacy as representations of what revolt desired. The revolts of 1989 opened the portal to the virtual, but the states that regrouped around this opening soon closed it. What the revolts really achieved was the making of the world safe for vectoral power.
29. The so-called anti-globalisation protests of the 90s are a ripple caused by the wake of these signal events, but a ripple that did not know the current to which it truly belonged. This movement of revolt in the overdeveloped world identifies the rising vectoral power as a class enemy, but all too often it allowed itself to be captured by the partial and temporary interests of local capitalist and pastoralist classes. It was a revolt is in its infancy that has yet to discover the connection between its engine of limitless desire and free statement, and the art of making tactical demands.
30. The class struggle within nations and the imperial struggle between nations has taken shape as two forms of politics. One kind of politics is regressive. It seeks to return to an imagined past. It seeks to use national borders as a new wall, a neon screen behind which unlikely alliances might protect their existing interests in the name of a glorious past. The other form is the progressive politics of movement. The politics of movement seeks to accelerate toward an unknown future. It seeks to use international flows of information, trade or activism as the eclectic means for struggling for new sources of wealth or liberty that overcomes the limitations imposed by national coalitions.
31. Neither of these politics corresponds to the old notion of a left or right, which the
revolutions of 1989 have definitively overcome. Regressive politics brings together
luddite impulses from the left with racist and reactionary impulses from the right in an
unholy alliance against new sources of power. Progressive politics rarely takes the form of an alliance, but constitutes two parallel processes locked in a dialogue of mutual suspicion, in which the liberalising forces of the right and the social justice and human rights forces of the left both seek non-national and transnational solutions to unblocking the system of power which still accumulates at the national level.
32. There is a third politics, which stands outside the alliances and compromises of the post-89 world. Where both progressive and regressive politics are representative politics, which deal with aggregate party alliances and interests, this third politics is a stateless.politics, which seeks escape from politics as such. A politics of the hack, inventing relations outside of representation.
33. Expressive politics is a struggle against commodity property itself. Expressive politics is not the struggle to collectivise property, for that is still a form of property. Expressive politics is the struggle to free what can be free from both versions of the commodity form - its totalising market form, and its bureaucratic state form. What may be free from the commodity form altogether is not land, not capital, but information. All other forms of property are exclusive. The ownership by one excludes, by definition, the ownership by another. But information as property may be shared without diminishing anything but its scarcity. Information is that which can escape the commodity form.
34. Politics can become expressive only when it is a politics of freeing the virtuality of information. In liberating information from its objectification as a commodity, it liberates also the subjective force of statement. Subject and object meet each other outside of their mere lack of each other, by their desire merely for each other. Expressive politics does not seek to overthrow the existing society, or to reform its larger structures, or to preserve its structure so as to maintain an existing coalition of interests. It seeks to permeate existing states with a new state of existence, spreading the seeds of an alternative practice of everyday life.
35. Commodity production is in transition from the domination of capital as property to the domination of information as property. The radical and reformist theory of the
transition beyond commodity production has not yet made this same transition. This
body of theory has been through two phases, which correspond to two kinds of error. In the first phase, when theory was in the hands of the worker's movement, it fetishized the infrastructure, or economy of the social formation. In the second phase, when theory was in the hands of the academic radicals, it fetishized the superstructures of culture and ideology. Theory of the first kind reduces the superstructure to being a reflection of the economy; theory of the second kind awards the superstructure a relative autonomy. Neither grasp the fundamental changes in commodity production which render obsolete this understanding of the social formation or the new kinds of class struggle now emerging under the sign of the domination of information as property. Property is a concept that occupies a liminal, undecideable place place between economy and culture. Our task today is to grasp the historical development of commodity production from the point of view of property, indecidable fulcrum on which not only infrastructure and superstructure hinge, but also the class struggle.
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"A HACKER MANIFESTO" English/US version [v.5.2]
http://subsol.c3.hu/subsol_2/contributors0/warktext.html
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