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Guangzhou, le 6 octobre 1999.
à Monsieur l'adjoint à l'Investigateur,
La Résidence.
Cher Jean-Pierre,
Peut-être seras-tu surpris du caractère quelque peu administratif impersonnel de la présente missive. Ne t'alarme surtout pas !! c'est simplement du au fait que je me bloque devant la feuille, le stylo en main, lorsque je décide d'écrire une lettre. Alors j'ai trouve ce subterfuge ; on peut trouver un certain plaisir à tapoter un clavier d'ordinateur (sur une machine a écrire on frappe), même si l'actuel clavier est anglais : fini les accents graves, circonflexes etc., etc. ! qu'est-ce qu'on en avait à secouer ? perime tout ca ! de l'efficace ! et puis on n'a rien fait de mieux que le clavier anglais pour l'e-mail ; je me demande vraiment pourquoi on conserve cette ridicule coutume obscurantiste des majuscules pour les prenoms ? aaah ? parce que ca change grand chose de majusculer " Bill " (qui est deja une contraction de William, un p'tit diminutif si vous preferez) ou de - vouais pour les noms : bill Gates et bill Clinton par exemple majusculer pour differencier, a la rigueur n'empeche que - mets-moi ca en vocalmemory tu veux baby - je crois qu'on a perdu assez d'temps a pianoter, comme leurs putain de virtuoses deguises en pingouins qu'on paie juste pour faire mouiller un parterre de grabataires dans c'congelateur hein ? vouais l'opera, et que si bill avait un chouille plus de couilles et d'jugeotte on pourrait enfin dire adios ! non seulement aux accents mais aux majuscules, aux virgules, aux guillemets (surtout aux guillemets ! sauf diplomatiques bien sur) et a tous ces trucs qui servent a rien sinon a encombrer votre disque dur - kess t'en penses Manuela ? Okay. On peut trouver un certain plaisir aux subterfuges, disais-je. Accros au nouveau clavier qu'y seront baby ! C'est moi qui te l'dis. Qui ? (L'air estomaque) Mais nos client du Departement de l'Ecrit. S'il en reste ? Suffisamment. ( L'air vicelard) Si ces messieurs ont correctement assume l'application de nos directi - " Kerry Deng Charque à l'appareil. Il me semble que vous ayez une fâcheuse tendance à, comment dirais-je ? vous emballer. Vous n'êtes certainement pas au mieux de votre forme (si tant est que vous en ayez encore une, ce qui n'est plus tout à fait mon cas). Votre problème, au fond bill, c'est que les miroirs refusent obstinément de vous réfléchir. " " Euh, ca se pourrait laoshi " " Moi je n'en ai cure. " Kerry Deng Charque fait remonter sa généalogie à l'époque des croisades. " Et de même que les précolombiens, préparés et résignés à subir l'invasion de conquérants lointains, devaient fléchir lorsque ceux-ci arrivèrent, de même les Occidentaux, trop instruits, trop pénétrés de leur servitude future, n'entreprendront sans doute rien pour la conjurer. Ils n'en auraient d'ailleurs ni les moyens, ni le désir, ni l'audace. Les croisés, devenus jardiniers, se sont évanouis en cette postérité casanière ou ne subsiste plus aucune trace de nomadisme. Mais l'histoire est nostalgie de l'espace et horreur du chez soi, rêve vagabond et besoin de mourir au loin , mais l'histoire est précisément ce que nous ne voyons plus alentour. " (Charque citant Le Mauvais Démiurge de Cioran.) Un père chinetoc, une mère plus ou moins française enfin, ce bon vieux docteur Benway est toujours parmi nous. Ca fait chaud au coeur non ? Et puis, comme chacun sait, Benway/Charque est orphelin depuis la nuit des temps. Ce n'est pas que le Très-Haut refuse de le reconnaître -- ce serait plutôt l'inverse, vois-tu cher Jean-Pierre " Les directives viennent d'en bas. Ne l'oubliez pas. " " Comptez sur moi lao Charque. " Vocalmemory baby, vocalmemory !
Bref, bref, bref. Ce vieil empaffé toujours a l'affût des mauvais coups existe, je l'ai rencontré. Il m'a dit : " Fils, j'ai fait du bon boulot avec c't'américain - amerloque ? mouais En tout cas : nickel ! Propre le taf de William ! J'le branche sur deux, trois trucs intéressants : la dépendance, le contrôle des masses par les médias, les médias au service d'un pouvoir invisible - tu vois l'topo ? bla-bla-bla-bla-bla Sauf qu'il a déraillé. Merde ! un camé qui se rebiffe ?! qui crache dans la bonne soupe de manman came ?! Alors j'compte sur toi " (Il tousse.) " afin de rétablir la vérité. Comment ? quelle vérité ? Hahaha ! Tous pareils les jeunes " (Laoshi Kerry Deng Charque n'a plus d'âge : " J'suis hors d'âge ", dit-il coquettement.) " Résidence c'était un coup d'envoi. Aux -- de la merde. Encore un quart et tu pourras t'en mettre plein le groin ! Qu'on m'arrache la langue - au tournevis : comme une haliotide - si j'mens ! " Dekwa parle-t-il ? (Tiens, ca me fait penser, quand il était prêtre : " Nom de Dieu, mon père, c'est d'la bombe ! " " Euh dekwa parlez-vous mon fils ? " " De ce truc que j'ai pris, mon père : c'était d'la bombe. Mais plutôt genre implosion kwa. " (" Aïe ! ", pense lao Charque, " encore un foutu sidéré du siphon qui vient m'parler de ses expériences a la con ") " Uuuii, mon fils, je vous écoute " " Bin voila : ce truc que j'ai pris avant, ou avant-avant-hier soir, ou c'était l'matin ? je sais pus Ouais, ce truc, eh bin y vous f'sait une sorte d'implosion ; c'était une bombe implosive kwa. " " Mmmhh, expliquez-vous mon fils. " " Aarr.. c'était une hallucination par l'absence. Au lieu de voir des trucs qu'existent pour de vrai, on voyait pas du tout - et de moins en moins, a mesure que ca montait - les vraies choses qui existent. C'était un effaceur, 'comprenez mon père ? " A l'aise qu'il comprenait Charque, vu que c'était lui l'unique fourgue sur la place.)
" J'ai pas gagné grand chose en perdant mon temps ", que je lui dis en parlant de Résidence.
" Quelle pudeur ! " s'exclame lao Charque en manquant s'étrangler avec l'oeil de verre en caoutchouc qui sert de baballe a son teckel nain Cyclope. " Keurf ! Keurf ! Kargl ! " reprenant son souffle tandis que le chien nanifié lui mord férocement ses orteils coloniaux. " Cette pudeur vous honore monsieur Daljezaïr, mais avez-vous songé décampe vilain toutou ! " piaille-t-il en décochant un vilain coup de putter au susdit toutou. (Il s'avère que tous ces yeux célibataires sont destinés à un parcours de golf pour milliardaires millénaires.) " Et si nous allions discuter autour d'une tasse, dans la Maison Athée ? " Le chien gémit, l'échine cassée, sur un flanc, ses petites pattes larvaires agitant le silence de l'air. Sourcils haussés, Charque le considère quelques secondes, puis tournant un visage vierge de tout sentiment, déclare :
" Ne nous attachons pas aux êtres morts, n'est-ce pas ? "
Nous voici en train de boire d'excellents coups de jus, à petites lampées ; Charque me fait face afin d'éclairer ma lanterne. " Alors, comment se déroule votre séjour à Guangzhou cher monsieur Sedan ? " Subterfuge. Je réponds, blagueur : " Je pense donc je sue. " Charque s'autorise un rire poli. Derrière ses lunettes en écaille de tortue, ses yeux ne se plissent pas, ne cèdent pas un pouce de terrain. " Très amusant. Dites-moi, je vous prie, pourquoi ne suez-vous pas, tandis que nous sommes la, vous et moi ? " " La température. Le temps fraîchit. De manière subtile, évidemment " " Oouui " -- Cette façon menaçante d'arrondir encore davantage les o, d'allonger les u, d'aiguiser les i ! Et te voici quelque part mais ce n'est pas ici, a écouter, Dieu sait pourquoi !, " The Musical Box " de Genesis et de sentir monter en toi ce garrot intérieur te serrer délicieusement la gorge : " She's a lady, she's mine. Brush back your air, and let me get to know your flesh. I've been waiting here for so long, And all this time that passed me by, It doesn't seem to matter now You stand there with your fixed expression, Casting doubt on all I have to say : Why don't you touch me, touch me, Touch me now ! touch me now, now, now, NOOOW !! "
Charque me regarde. Cyclope est mort sur le green sans fleur. Laoshi Charque me regarde.
" Vois-tu fils, ton sentimentalisme découragerait la critique mal-baisée la mieux intentionnée, je veux dire : transfert maternel sur l'auteur pathétique et autres hystéries alanguies. A propos, j'ai rencontre Sigmund. " " Et ? " " Un Bonaparte du continent humain. Man, j'lui lui dealais de la coke first choice. Si bien qu'il a fédéré l'esprit comme un sagouin. Qu'il a placé le cul entre les épaules, le coeur entre les jambes, et j'en passe. " Kerry Deng Charque réfléchit. On voit ca a son regard qui brille rien que pour lui. Je suis pris au piège. Ce monde est un claque mystique (regarder le sens exact du terme " mystique "), je décide de m'en tirer par une avant-dernière vanne : " Okay, Dieu a peut-être fait l'homme a son image Mais laissez-moi vous dire laoshi qu'après une telle quantité de copies, la qualité de l'originel a diablement morflé. " " Hahahaa. "
Veuillez agréer, Monsieur l'adjoint à l'Investigateur, la considération de mon assurance distinguée.
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