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MAFIA - CRITICALSECRET [RETRANSCRIPTION INFORMATION]

Intervenant: Un témoin / A witness

MAFIA, SERIE INEDITE en 18 MODULES DU RECIT RADIOPHONIQUE EN FRANCAIS
ECRITS RECITES ET REALISES PAR PIERRE BONGIOVANNI
,
RETRANSCRITS ET TRADUITS PAR SAMY HAMIDOU
UNPUBLISHED FRENCH VOICE OF THE 18 BROADCASTS SERIAL MAFIA
WRITTEN PLAYED AND PRODUCED BY PIERRE BONGIOVANNI
BOTH TRANSCRIBED AND TRANSLATED BY SAMY HAMIDOU

La version littéraire originale de Pierre Bongiovanni est publiée en ligne dans le site magazine de Pierre Bongiovanni et de Quentin Drouet Sklunk.net
Pierre Bongiovanni's original literary script is online published @ Pierre Bongiovanni's and Quentin Drouet's common magazine Sklunk.net

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MAFIA [homepage] L'OEIL ECOUTE / THE EYE LISTENS

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MAFIA - CRITICALSECRET [RETRANSCRIPTION 1[1/2-R]

Intervenant: Pierre Bongiovanni's MAFIA Radio transcriibed and translated by Samy Hamidou

MAFIA - MODULE 1


Je n'ai pas de nom, pas d'identité, je ne suis pas tout seul, nous sommes nombreux à habiter la même personne, la même forme, le même visage, la même voix. Nous sommes nombreux tous étrangers, tous étrangers à nous même. Etrangers les uns pour les autres. Je n'ai pas d'identité. Je n'habite nulle part, je suis chez moi partout de préférence dans les hôtels. De préférence dans les hôtels de banlieues, modestes, de préférence dans les hôtels dont les fenêtres donnent sur les terrains vagues. Je suis toujours en transit, je ne sais même pas ce que je poursuis, et ni si je suis poursuivi. Je suis un clandestin. Aucun quartier aucune ville, aucun village, aucun lieu de repli, sauf parfois de vagues salles de fête, sauf parfois de vieilles salles de cinémas, où l'on passe des films qui n'intéressent personne...

(Silence)

Les centres villes d’aujourd’hui commencent à être gagnés par le bruit, les odeurs, la pollution. Ce qui était autrefois réservé aux villes pauvres, des pays les plus pauvres, contaminent aujourd’hui l’ensemble de la planète. Nous sommes en exil sur notre propre Terre. Les crimes que nous avons commis ont fait de nous des voyageurs, sans destination, nous échappons à toute possibilité de réprobation, de condamnation. Nous n'existons pas. Ce qui peut apparaître comme une fuite, n'est en fait qu'une fuite devant le vide, nous fuyons le vide, mais nous sommes dans le vide et nous sommes nous-même le vide. Le pire qui pourrait nous arriver est d'être capturé parce qu'alors, la capture signifierait pour nous une injonction nouvelle, celle à rejoindre le grand cirque et à y participer contre notre gré.

Les crimes que nous avons commis ont fait de nous des zombies. Pourtant, pourtant rien n'est plus naturel à l'espèce humaine que l'activité criminelle. Mais pourtant sous mes yeux de fuyard, ces activités criminelles se banalisent, se multiplient, se généralisent, se disqualifient elles-mêmes, tant elles relèvent aujourd’hui de l'ordinaire quotidien du plus simple citoyen du pays le plus neutre de la planète. Nous sommes une espèce galopante, en voie d'inadaptation complète au monde. D'ailleurs ce n'est plus le monde qui est en question mais notre capacité à l'oublier. On me parle parfois de ces savants choisissant l'exil et l'ermitage au plus secret de forêts profondes. Certains aussi, sans doute, doivent choisir des refuges au cœur même des accumulations urbaines. Le monde sera bientôt colonisé par des zombies.

Je voyage dans le monde entier pour finalement trouver le repos dans des lieux ordinaires.

Je voyage dans le monde entier.

Je voyage dans le monde.

Je voyage dans l’ordinaire du monde. / / / / /


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I have no name, no identity, I am not alone and we are many to live in the same body, in the same shape, in the same face, in the same voice. We are many, all foreigners --all even foreign to us. Foreigner some for the others, I have no identity. I live nowhere; I am in my home everywhere --rather in hotels. Rather in the hotels of inner city, modest hotels, rather in the hotels with view on the waste grounds. I am always in transit, I don't even know what I pursue and nor if I am pursued. I am a clandestine. No district, no city, no village, no place to withdraw, except sometimes indeterminate festive rooms, except sometimes old cinemas, where we spend films which interests nobody.

( Silence )

The current city-centre begins to be reached by the noise, the smells, the pollution. What was formerly reserved for the poor cities, of the poorest countries, contaminate the whole planet today. We are in exile on our own Earth. The crimes which we committed make us travellers, without destination, we escape any possibilities of reprobation, condemnations. We do not exist. What can appear as a leak, is in fact a leak in front of the void, we flee the void, but we are in the void and we are ourselves the void. The worst which could arrive at us is the capture because then, the capture would mean for us, a new order: that to join the big circus and to participate in it against our will. The crimes which we committed made of us zombies. Nevertheless, nothing is more natural in the human race than the criminal activity. But under my fugitive's eyes, these criminal activities become commonplace, multiply themselves, become widespread, discredit themselves so much, they find place in the common daily of the simplest citizen of the most neutral country. We are rampant specie, in process of complete maladjustment to the world. Moreover it is not any more the world which is in question, but our capacity to forget it. Sometimes we speak to me about these learned choosing the exile and the hermitage in the most secret of the deepest forests. Some people also doubtless have to choose refuges in the heart of the urban accumulations. The world will be soon colonized by zombies.

I travel all over the world to find finally the rest in common places.

I travel all over the world.

I travel in the world.

I travel in the common of the world.

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MAFIA [homepage] L'OEIL ECOUTE / THE EYE LISTENS

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MAFIA - CRITICALSECRET [RETRANSCRIPTION 2[1/2-R]

Intervenant: Pierre Bongiovanni's MAFIA Radio transcriibed and translated by Samy Hamidou

MAFIA - MODULE 2


J'ai le sentiment de n’avoir jamais quitté la posture de l’effroi. Depuis l'enfance, aussi loin que mes souvenirs me ramènent, il me semble avoir eu un rapport au monde essentiellement fondé sur l’effroi, sur l'incompréhension totale du mouvement des êtres qui m'entouraient, du mouvement du monde, de l'organisation générale des affaires, et ce depuis l’enfance. Je me souviens par exemple que mon père croyant bien faire, et faisant bien sans doute, m'emmenait le dimanche matin au jardin public, proche de son domicile à Bordeaux, et arrivé, déjà effrayé à la perspective des meutes d'enfants que j’allais devoir affronter, en serrant fort contre moi le petit bateau à voile qu'il m’avait offert et que j'étais supposé de prendre plaisir à faire naviguer dans le petit bassin de ce parc -- en arrivant dans le parc, j'étais tout de suite pris d’un sentiment de panique sachant par avance que mon père allait m'inviter de façon extrêmement pressante, et dans un français tout à fait approximatif, à aller jouer avec les enfants monstres de mon âge, bruyants, braillards, courant en tous sens, et qui eux n’avaient absolument aucun problème pour occuper le territoire et l'espace de cette place. Ce que je ressentais en fait c’était une distance, la matérialité d’une distance, d'une distance absolument infranchissable entre ces enfants et moi, et j'imagine que l'injonction paternelle, fermement répétée, ne devait qu'ajouter à mon désarroi et à l'ampleur de ce sentiment -- que je qualifie aujourd'hui d'effroi.

Mon père me parlait très peu de lui, ne me parlait jamais de lui. Il me parlait quelques fois de son pays, mais rarement, et parfois se mettait en colère, mais rarement. Et quand il se mettait en colère, c’était une colère sourde, rentrée, profonde, liée à son statut d’immigré, à son incompréhension totale du monde des femmes, et d'une certaine manière à sa propre incapacité de, lui aussi, sortir de l’effroi. / / / / /


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I have the feeling to have never left the posture of the dismay. Since the childhood, so far as my memories get me back in the past, it seems to me to have a relationship with the world essentially based on the dismay, on the total incomprehension of the movement of the persons who surrounded me, of the movement of the world, the general organization of the affairs, and it since the childhood. For example, I remember that my father believed to do well, and did it well doubtless, took me on Sunday morning to the public garden close to his home in Bordeaux, and I arrived already frightened in the perspective of the packs of children that I was going to confront. Squeezing hardly against me the small sailboat which he had offered me --and I was supposed to take pleasure to sail it in the small pond of this park. In the park, I was immediately taken by a feeling of panic, I knew in advance that my father was going to invite me, in a extremely pressing way and in completely approximate French, to go to play with the children-monsters of my age, noisy, running in any direction, and who had absolutely no problem to occupy the territory, the space of this square. What I felt in fact it was a distance, the materiality of a distance, an absolutely unbridgeable distance between these children and me; and I imagine that the firmly repeated paternal order should add to my confusion and to the scale of this feeling that I qualify as dismay today.

My father talked about him not much, never talked to me about him. He talked to me several times about his country, but rarely and sometimes, got angry but rarely. And when he got angry, it was a deaf, brought in, deep anger, bounded to his immigrant's status, to his total incomprehension of the women's world, and the certain way in his own incapacity, too, to get out of the dismay.

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MAFIA [homepage] L'OEIL ECOUTE / THE EYE LISTENS

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MAFIA - CRITICALSECRET [RETRANSCRIPTION 3[1/2-R]

Intervenant: Pierre Bongiovanni's MAFIA Radio transcriibed and translated by Samy Hamidou

MAFIA - MODULE 3


L'effroi, c'est donc quelque chose de très particulier, qui n'a rien à voir par exemple avec l'éblouissement. L'éblouissement, ce qu'on en sait, le plus communément, c’est, par exemple le coup de foudre, ette dévastation du corps et de l'âme qui très rapidement, soudainement, anéantit, bouleverse, ravage, sublime, l’être tout entier. L'effroi, lui, s'élabore sur un tout autre protocole, que je pourrais tenter de résumer de la manière suivante : je suis confronté à une situation, que je ne comprends pas, dont je ne comprends pas les tenants et les aboutissants ; je sens que cette situation me concerne, je sens que cette situation me regarde, je sens qu'il y a dans la situation un processus inéluctable ; mais je ne sais pas dans quelle mesure ce processus inéluctable est un processus de destruction, ou un processus de renaissance. En clair, je suis confronté à une situation inouïe, inédite, qui ne peut pas manquer de se produire, mais dont je ne sais absolument rien sur les abîmes, les béances, et les fulgurances qu'elle va ouvrir. L'effroi donc c'est d'être confronté brutalement, soudainement, sans aucun repli possible, à la perspective d'un avenir inédit qui s'ouvre à nous. Il m'arrive de penser que cette question de l'effroi est intimement liée aux conditions mêmes de ma naissance.

Je suis né quelques jours après la fin de l'immense incendie qui ravagea 28 000 hectares de forêt de pins dans la campagne bordelaise. Cet incendie au cours duquel périrent 82 sauveteurs est resté profondément ancré dans les mémoires de la population girondine. Je suis né dans les odeurs de cendres, de brûlé, de "cramé" comme on dit par là-bas. Je suis né dans une terre à peine refroidie, et après que la nature ait choisi de se porter à l'incandescence. Ces incendies bien connus démarrent avec une vitesse fulgurante, dans des conditions... pas toujours très naturelles, se propagent d'autant plus facilement que la sécheresse des sous-bois est totale, que les vents tourbillonnants sont violents et permettent au feu de se propager à la vitesse de l'éclair, ruinant absolument tout sur son passage. Plus tard, devenu adulte il me fut donné de traverser le centre montagneux de la Grèce, lors d’un immense incendie qui ravageait toute la région, et je me souviens qu’avec nos amis nous avons traversé, des centaines de kilomètre de routes, de villages, de forêts, embrasés. Et je me souviens d’avoir ressenti alors quelque chose d'indéfinissable, situé quelque part entre la jubilation et l'effroi. / / / / /


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Thus the Dismay, it is something very particular which has nothing to do for example with the dazzle. The Dazzle, what we know about it most collectively, it is for example love at first sight. This devastation of the body and the soul which very quickly, suddenly, annihilates, upsets, sublimates the whole being. The Dismay elaborates it on a quite other protocol that I could try to summarize in the following way: I am confronted with a situation which I don't understand, of which I don't understand the ins and outs. I feel this situation concerns me, I feel this situation looks at me, I feel there is in the situation an inevitable process but I don't know in which measure this inevitable process is a process of destruction or rebirth. Clearly, I am confronted with an incredible new situation which must occur but I know absolutely nothing about abysses, cracks, lightning which it is going to open. The dismay is to be confronted brutally, suddenly, without any possible recesses for the perspective of an unseen future which opens to us.

I think sometimes that this question of the dismay is deeply connected to the conditions of my birth. I was born some days after the end of the immense fire which ravaged 280000 hectares of pines forest in the country of Bordeaux. During this fire, dying 82 rescuers are still profoundly anchored in the memoirs of the Girondist population. I was born in the smells of ashes, of burned, of "cramé" as we say by over there. I was born in a hardly cooled ground, and after the nature had chosen to wear the incandescence. These famous fires start with a lightning speed, in conditions not always very natural, propagate all the more easily as the drought of the undergrowth is total, that the swirling winds are violent and allow the fire to propagate as the lighting speed, ruining absolutely everything on its passage. Later, become an adult I crossed the mountainous centre of Greece ; during my trip, an immense fire ravaged all the region and I remember that with our friends we crossed hundreds of kilometres of roads, villages, forests set ablaze. And I remember having felt then something of indefinable situated somewhere between the jubilation and the dismay.

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MAFIA - CRITICALSECRET [RETRANSCRIPTION 4[1/2-R]

Intervenant: Pierre Bongiovanni's MAFIA Radio transcriibed and translated by Samy Hamidou

MAFIA - MODULE 4


Sur mon enfance proprement dite, il n'y a pas grand-chose à dire, en tous cas pas grand chose à dire dont je me souvienne précisément, comme si, inconsciemment, j'avais décidé de... tirer un grand rideau de fer sur une grande partie des années d’enfance. D'où finalement n'émergent que quelques souvenirs, parfois très heureux, parfois très cruels.

Mon père vivait de son côté, lui qui fut un officier de la marine de guerre italienne, il avait trouvé un emploi dans les chantiers navals de la région bordelaise. Quant à ma mère, Antioche, elle avait finalement choisi de vivre une autre vie, plus romanesque, loin des hommes auprès de sa voisine, devenue sa compagne... Rosa. Vivre dans l’ombre de ces deux femmes, ne me parut jamais ni à moi ni à mon frère une expérience singulière puisque, en fait, cela pour nous représentait la vraie vie : la semaine avec deux femmes, deux mères, et en alternance tous les quinze jours nous rendions visite à notre père. J'ai donc vécu entouré de femmes avec une présence paternelle aléatoire, discrète, ondoyante, anecdotique. Mon père était ce qu'il convenait d’appeler un brave homme, honnête, travailleur, sans doute un peu stupide, sans doute un peu raciste, sans doute un peu dépassé par la situation.

(Silence)

Mon seul ami réel dans cette ville était un garçon de mon âge, fils d'immigré anarchiste espagnol -- Bordeaux compte une grande communauté de réfugiés espagnols républicains et anarchistes -- et c'est probablement avec ce garçon que j'ai pu commencer à percevoir les aventures potentielles offertes par le monde. / / / / /


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On my childhood, there is not much to say which I remember exactly as if unconsciously, I had decide to pull a big iron curtain on a part of my childhood’s years. Finally appears only some memories, sometimes very happy, sometimes very cruel.

My father lived alone; he was an officer of the Italian navy. He found an employment in the shipyards of the Bordeaux region. As long as to my mother, Antioche, had finally chosen to live another life, more romantic, far from the men’s world, with her neighbour would become her lover... Rosa. To live in the shadow of these two women, not me appeared never, neither to me nor to my brother, a singular experience, because in fact, for us, it was the true life: the week with two women, two mothers, and in alternation every other week we visited our father. I lived, surrounded by women with an unpredictable discreet, rippling, anecdotal paternal presence. My father was what it is advisable to call a "good guy": honest, hard-working, doubtless a little bit stupid, doubtless a little bit racist, doubtless overtaken by the situation.

(Silent)

My only real friend in this city was a boy of my age, a son of Spanish anarchistic immigrant - Bordeaux counts a big community of Republican and anarchistic Spanish refugees - and it is probably with this boy that I was able to perceive the potential adventures offered by the world.

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MAFIA - CRITICALSECRET [RETRANSCRIPTION 5[1/2-R]

Intervenant: Pierre Bongiovanni's MAFIA Radio transcriibed and translated by Samy Hamidou

MAFIA - MODULE 5


Enfant -- adolescent -- je n'ai, bien évidemment, jamais eu la moindre idée concernant la mafia, jamais eu le moindre projet concernant l'univers mafieux ; jamais je n'ai rêvé de devenir un parrain, de la drogue, jamais je ne me suis identifié aux héros italiens de la mafia américaine. Non. Je suis arrivé à la mafia par un chemin plus tortueux, et peut-être au fond plus... trivial et prévisible. J'ai côtoyé pendant quelques temps les mouvances de l'ultra-gauche française ; je dis "côtoyé" parce que je n'ai jamais vu là non plus la possibilité de m'investir réellement auprès de ces hommes et de ces femmes arrogants, vindicatifs, assoiffés de pouvoir, foncièrement méchants, manipulateurs... Mon chemin allait désormais m'éloigner de toutes ces formes là de discours politiques que je percevais déjà comme malsaines. Je me suis retrouvé dans un état d'esprit me permettant de passer à autre chose -- pour me mettre dans une situation de retrait, de distance, de silence aussi.

C'est dans ces circonstances là, alors que, n'étant ni révolté, ni désabusé, ni amer, ni aigri, simplement absent, absent de moi-même, absent de ma famille, absent de mon époque, absent du spectacle du monde et de ses enjeux, absent de toutes formes d'engagement de quelque nature qu'il soit, que je me suis trouvé dans cette forme paradoxale d'absence et de disponibilité. Et c'est dans ce contexte là que j'étais approché, que j'ai été approché par des individus affables pourrait-on-dire, déterminés, qui avaient un mode de relation par le langage extrêmement économique, peu de mots, peu d'effets, peu de phrases, alors même qu'ils semblaient animés d'une détermination sans faille. Détermination farouche, farouche mais sans objet, farouche mais sans destination, farouche mais sans intention. Type de comportement, de caractère, de regard, d'énergie que je ne connaissais pas et moi j'étais prêt pour ça. J'étais prêt pour cette conversation là, j'étais prêt pour une conversation qui allait me demander un engagement total, un engagement violent, sans rime, sans raison, sans que je puisse imaginer ni pourquoi, ni comment, leur détermination avait pu un jour se mettre au service du meurtre et de l'assassinat.

En fait, je crois pouvoir dire que j'ai été séduit, séduit d'une manière tout à fait étrange. Je sortais de plusieurs mois d'errance dans des tribus pratiquant un discours opaque, intemporel, surréaliste -- totalement artificiel où que je percevais comme tel -- et là je me retrouvais confronté à des gens qui me parlaient simplement, de façon extrêmement pragmatique, avec des mots, une syntaxe, une tonalité effrayante de pragmatisme et qui me proposaient, qui me demandaient de prendre part à leurs rituels, alors que tout dans ces rituels me paraissaient absolument limpide, sans pour autant que l'objet de ces rituels, la finalité de ces rituels me soit perceptible.

En fait je n'ai compris que plus tard, que depuis plusieurs mois déjà j'étais sous observation. Je n'ai compris que plus tard les liens entre la mafia et l'ultra-gauche ; les réseaux mafieux de l'époque considéraient l'ultra-gauche comme un vivier potentiel, dans lesquels ils allaient peut-être pouvoir recruter un certain nombre d'individus. Quand j'ai été identifié comme irréductible à l'idéologie, incapable de m'endormir moi-même dans des incantations idéologiques, en fait, quand j'ai été repéré comme rétif au mode d'organisation stalinien de ces groupes, quand j'ai été identifié comme me mettant moi-même en vacance de ce monde là, de ce langage là, de cet engagement là, en fait, ce qui a amené les rabatteurs de la Mafia à me contacter, ce qui m'a été confirmé par la suite quand moi-même je suis devenu rabatteur de la mafia, et que j'ai commencé à faire de l'observation et de l'infiltration dans d'autres groupes politiques de l'époque -- ce qui les a conduits à me contacter -- c'est l'idée qu'ils se sont faite, que sans doute j'étais parvenu à un point zéro de la réflexion morale, ou, plus exactement, que j'étais parvenu à un point de zéro de l'intérêt moral ou éthique pour le monde. Ils en ont déduit que j'étais le type d'individu parfait pour mener des opérations rapides, violentes, sans demander de comptes : simplement, quelqu'un qui allait pouvoir se saisir d'un contrat, le remplir et passer à autre chose. Et en même temps, sans doute ces rabatteurs ont du identifier chez moi, de façon... contradictoire, le désir d'être encadré, d'être encadré par une organisation structurée, logique, n'ayant pas forcément de but très compréhensible mais en tous cas une organisation structurée, logique, et déterminée. Il ne s'agissait plus là de faire la révolution, de répandre le bien sur la terre, de changer l'ordre des choses. Il s'agissait de bien faire son travail, de remplir un contrat, de tenir sa parole, de respecter ses engagements. Et ce système de valeurs et de références était une nouveauté absolue pour moi : un cadre organisationnel et conceptuel, si j'ose dire, qui ne doive plus rien à l'échafaudage politico-moral des valeurs habituelles.

Ensuite tout a été très vite, je me suis dit, comme disait l'autre "senti comme dans un poisson dans l'eau". Très rapidement, j'ai eu la responsabilité d'actions mineures, puis majeures, puis d'actions... violentes, puis très logiquement j'étais chargé à mon tour d'opérations de rabattage et de recrutement. Puis enfin, j'ai été chargé d'organiser moi-même des actions nécessitant l'intervention de plusieurs opérateurs mafieux, simultanément, en un endroit précis du territoire, ou simultanément dans plusieurs endroits de plusieurs pays. / / / / /


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Child -- adolescent -- I had naturally never the slightest idea concerning the mafia; never had the slightest project concerning the Mafioso universe; never I dreamed to become a godfather, of the drug, never I identified myself with the Italian hero of the American mafia. No I was introduced in the mafia by a more tortuous way, and maybe really... more coarse and more predictable. I was close to the influence spheres of the French radical-left. I say "to be close" because I have never seen most either the possibility to invest myself really with these men and with these women arrogant, vindictive, searching for powers, fundamentally nasty, manipulator... Henceforth, my way was going to take me away from all these forms of political speeches which I already perceived as unhealthy. I put myself in a state of mind allowing me to become someone else -- to put me in a situation of retreat, distance, silence too.

It is in these circumstances, while being neither revolted, nor disenchanted, nor bitter, nor embittered, simply absent, absent of myself, absent in my family, absent in my time, absent in the spectacle of the world and in its stakes, absent of any forms of commitments of any natures. They are that I was in this paradoxical shape of absence and availability. It is in this context, I was approached, that I was approached by affable individuals could one say, determined, who had a mode of relationships by an extremely economic language, few words few effects, few sentences. They seemed leaden by a determination without defect, groundless wild, wild determination but without destination, wild but without intention. Type of behavior, of character, of glance, of energy I didn't know, and I was ready for that. I was ready for this conversation, I was ready for a conversation which was going to ask me for a total commitment, a violent commitment, without rhyme, without reason, without that I can imagine neither why nor how their determination had been able one day to put it in the service of murder and assassination.

In fact I believe I can say, I was seduced, seduced in a completely strange way. I got out of several months in wandering among tribes practising an opaque speech, timeless, surrealist -- totally artificial speech that I perceived as such -- And there I was confronted with people who spoke me simply in extremely pragmatic way with words, syntax, with a terrible tone of pragmatism and who proposed me, who asked me to take part in their rites, while everything in these rites seemed to me absolutely clear, without as far as the object of these rites, the end of these rites is perceptible for me.

In fact I understood only later, since several months, I was under observation. I understood only later the links between the mafia and the radical-left: The Mafia of time considered the radical-left like a breeding pound, in which maybe they were going to recruit few numbers of persons. When I was identified as an inflexible man in the ideology: incapable to fall asleep in ideological incantations. In fact when I was tracked down, I was unwilling in the Stalinist mode of these groups, when I was identified putting myself. When I was identified putting myself in vacancy of this world, of this language, of this commitment. In fact, what led up the Mafia's beaters to contact me, what was afterward confirmed to me when I became a Mafia's beater and I began to make the observation and the infiltration in the other political groups of time -- what led them to contact me-- it is the idea that they had, that doubtless I had reached a zero point of the moral thought or more exactly, than I had reached a zero point of the moral or ethical interest for the world. They deducted that I was the type of person completed to lead fast operations, violent, without asking of accounts : simply, someone who was going to be able to take a contract, fill it and proceed to other thing. At the same time, doubtless, these beaters have identified to me... in a contradictory way, the desire to be supervised, to be supervised by a structured, logical organization, having necessarily no very understandable purpose, but at least a structured, logical and determined organization. It was not any more a question to do the revolution, to spread the good on the earth, to change the order of things. It was a question to do well his work, to fill contract, to hold his word, to respect his commitments. And this reference and value system was a novelty for me. In the organizational and abstract frame, if I dare to say, which have nothing more to do with the politico moral scaffold of the usual values.

Then it was very fast, I said to myself "like a duck takes to water". Very quickly, I was responsible for minor actions, then major, then violent actions, then very logically I was in charge in my turn of operations of recruitments. Then finally, I was in charge to organize actions requiring the intervention of several Mafioso operators simultaneously in a precise place of the territory or simultaneously in several places of several countries.

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MAFIA - CRITICALSECRET [RETRANSCRIPTION 6[1/4-R]

Intervenant: Pierre Bongiovanni's MAFIA Radio transcriibed and translated by Samy Hamidou

MAFIA - MODULE 6


Mon premier séjour en prison n'a pas duré très longtemps, car j'ai pu, gràce à l'organisation, m'enfuir très facilement et... assez rapidement. D'ailleurs cette évasion n'a rien d'une aventure rocambolesque ; elle était simplement très bien préparée, très bien organisée ; elle fonctionnait grâce à un solide réseau de complicité -- de corruption -- à une organisation sans faille, et à une analyse très précise des faiblesses de l'institution. Donc au final, quelque chose de simple, facile à organiser, facile à mettre en oeuvre. D'ailleurs, j'étais rentré en détention pour satisfaire à une des obligations... quasiment initiatiques, du gang auquel j'appartenais, et qui consistait à..., au terme d'une opération violente, qui consistait à se faire prendre, pour protéger les intérêts d'un mafieux plus aguerri et plus ancien dans le groupe. Donc, en fait, cette détention n'était rien d'autre qu'une étape obligée, dans mon parcours professionnelle de mafieux.

(Silence)

Je vais tenter maintenant de.. d'aborder un des points clé, de... cette conversation. C'est... le point qui consiste à... essayer d'éclairer ce qu'il en a été... dans mon parcours mafieux... de... la question du crime : des gens que j'ai tués, des conditions dans lesquelles je les ai exécutés, des règles qui prévalaient à l'époque... dans ce genre d'exercice... ce que j'y ai appris, ce que j'ai découvert, et les raisons pour lesquelles j'ai décidé d'arrêter définitivement. Cet aspect de la conversation est... l'aspect le... plus... difficile à aborder, non pas pour moi, mais pour l'auditeur, parce que ici l'on s'attend à des révélations; l'on s'attend à des descriptions et l'on s'attend sans doute à quelque chose de croustillant, d'émouvant, de dramatique. Ce n'est pas ainsi que je vais aborder la question.

Je vais commencer par parler des... cadavres, je vais commencer par évoquer... la réalité des cadavres, la réalité charnelle, obscène de l'individu mort et réduit à l'état de cadavre. Regardez les images, diffusées par les mouvements tchétchènes sur Internet, images... qui montrent des séries de cadavres d'hommes et de femmes suppliciés : dans quelles conditions ? On ne sait pas... Par qui ? On ne sait pas. Ce qui est bouleversant, dans un premier temps, devient dégoûtant dans un deuxième temps, et pour finir le côtoiement de ces images fait que nous n'y voyons rien d'autre que des images, des images de viande pourrie, de corps désarticulés -- des images d'une effroyable banalité, tant ces derniers temps les guerres, les conflits... les insurrections, se sont multipliés, et tant la couverture médiatique de ces drames nous a habitués, désormais, à voir des cadavres un petit peu partout. Dernièrement d'ailleurs, l'actualité, quasiment quotidienne des médias, est alimentée par ces images de télévision, nous montrant des dizaines et des dizaines de cadavres d'hommes et de femmes africains retrouvés, quand ils sont retrouvés, noyés ou dérivant, le long des berges, des plages de l'Europe du Sud. Nous avons donc domestiqué les cadavres. Ils font donc désormais partis de notre environnement, ils font parties de notre quotidien... (Soupir). On pourrait presque imaginer demain traverser une ville jonchée de cadavres sans que cela pose plus de problèmes que ça.

Le fait que l'espace médiatique soit déjà encombré de cadavres ne fait que préfigurer le fait que les espaces réels de la ville réelle, de la vie réelle, seront un jour ou l'autre jonchés de cadavres. Nous les enjamberons sans problème particulier. D'ailleurs nous avons déjà complètement accepté l'idée de côtoyer des cadavres vivants, des morts vivants, des cadavres ambulants réduits par l'extrême pauvreté, l'extrême précarité, à l'idée d'une humanité déchet, d'une humanité, qui advient désormais sous forme de déchet... (Court silence)... Nous avons, donc, un rapport au cadavre qui est très particulier. Si j'aborde ces questions maintenant, c'est parce qu'elles permettent de comprendre comment, dans nos organisations mafieuses, nous devions, pour pouvoir exercer notre métier de tueur, pour pouvoir mener les missions qui nous étaient confiées, nous ne devions rien avoir à faire avec des cadavres.

Quelle est la différence entre un cadavre et un vivant ? La différence c'est la viande. Qu'est-ce qu'un vivant ? Un vivant c'est qui fait que immédiatement nous sommes saisis par un mystère, une aura, une présence une énergie. Quelque chose qui permet, quelque chose qui a pour fonction, de nous faire oublier la viande, de nous faire oublier le tas, de nous faire oublier la pourriture, de nous faire oublier la décomposition, de nous faire oublier la mort. De nous projeter dans un espace de poésie, de pensée, de dynamique, un espace d'action, l'espace de la vie.

Tuer quelqu'un qu'est-ce que c'est ? C'est transformer un être humain en viande. C'est prendre la vie et négliger la viande.

Il se trouve que le groupe de tueurs auquel j'appartenais, nourrissait pour une raison inconnue en tous cas inconnue de moi, une répulsion totale et définitive pour les cadavres. Cette répulsion totale et maladive avait conduit le groupe à mettre au point des rituels de meurtres extrêmement précis, faisant en sorte par exemple qu'une fois le crime effectué, une brigade inconnue des tueurs eux-mêmes était chargée de récupérer le cadavre et de la faire disparaître. Notre organisation était fondée sur le crime parfait, le crime parfait étant le crime sans cadavre. Le crime était réparti entre tueurs et nettoyeurs et il n'y avait jamais aucun contact entre les uns et les autres.

Tous les groupes mafieux ne fonctionnent pas, ou ne fonctionnaient pas sur ces modalités là. D'autres groupes faisaient de la spectacularisation du crime : faisant de la présence même du cadavre au milieu de l'espace urbain, un des éléments de la scénographie du meurtre. Ce n'était pas du tout le cas dans notre organisation, c'était même l'idée tout à fait contraire qui était défendue, qui était imposée, et qui était obligatoire. C'est bien parce qu'un jour j'ai choisi de déroger à cette règle, que la machine infernale a implosé. / / / / /


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My first stay in prison lasted a short time, because I was able to run away, with the organization very easily... and quickly. Moreover this evasion has nothing of a weird adventure; it was simply very well prepared, very well organized. It worked on a robust network of complicity --of corruption--; it was an organization without defect, with a very precise analysis of the institution's weaknesses. So finaly, something simple, easy to organize, easy to operate. Moreover, I had to go in detention to satisfy one of the obligations, almost initiatory of the gang which one I belonged, and which consisted in the term of a violent operation, consisted to protect the interests of a more hardened and oldest Mafioso in the group. In the fact, this detention was nothing else than an inescapable step in my way of professional Mafioso.

Now I am going to try to approach one of the key of this conversation. It is the point which consists to enlighten in what was my way of Mafioso and the question of the crime: people that I killed, conditions in which I executed them, rules which prevailed in the time, in this kind of exercise. What I learnt, what I discovered, the reasons for which I decided to stop definitively. This aspect of the conversation it is the most difficult to tackle, not for me but for the listener, because here we expect revelations. We expect descriptions and we doubtless expect something of spicy, of moving, of tragic. It is not like that I am going to approach the question.

I am going to begin to speak about.. corpses, I am going to begin by evoking the reality of corpses, and the carnal reality of corpses, the obscene of dead individual reduces to the state of corpse. Look at the images diffused on Internet by the Chechen movements. Images which show series of corpses of men and women racked, in which conditions? We don't know. By who? We don't know. That is shattering at first becomes disgusting in the second time and to finish the closeness of these images made that we see nothing else than images, images of bad meats, dislocated bodies there, images of a horrifying commonness. In this time, the wars, the conflicts, the uprisings multiplied and so much the media coverage these tragic facts, accustomed to us to see corpses everywhere. Recently, the current event, almost daily of the media is fed by these images of television showing us tens and tens of African corpses of men and women found, when they are found, or deriving along of the beaches of the Southern Europe. We domesticated corpses. From now they integrate our environment; they are a part of our everyday life. We could almost imagine tomorrow to cross a city sprinkled with corpses without that it raises more problems than that.

The fact is the media space is already cluttered up by corpses, is only the foreshadowing of the fact that real spaces of the real city, of the real life, will some day be sprinkled with corpses. We shall step over them without particular problem. Already we have completely accepted the idea to be with alived corpses, with living dead, itinerant corpses reduced by the extreme poverty, the extreme precariousness, at the idea of a humanity waste, of Humanity which happens in the form of waste.(short silence) We have a relationship in the corpse which is very particular. If I approach these questions now, it is because they allow to understand how in our Mafioso organization, we owed to be able to exercise our profession of killer, to be able to lead the missions which were confided to us. We should have to do nothing with corpses.

What is the difference between a corpse and an alive? The difference it is the meat. What is an alive? An alive it's that we are seized at once by a mystery, an aura, the presence energy. Something which allows, something which has for function to make us forget the meat, to make us forget the heap, to make us forget the decay, to make us forget the decomposition, to make us forget the death. To throw us in a space of poetry, thought, dynamics, a space of action, a space of life.

To "kill somebody": what it means? It is to transform a human being into meat. It is to take the life and to neglect the meat.

The group of killers, which one I belonged, had for an unknown reason of me, a total and definitive aversion for corpses. This total and sick aversion had led the group to work out rites of extremely precise murders, for example that once the crime was committed, a brigade unknown by the killers was in charge to get back the corpse and to remove it. Our organization was based on the perfect crime, the perfect crime being the crime without corpse. The crime was distributed between killer and cleaner and there was never any contact enters both.

All the Mafioso groups don't work or didn't work on these modalities. Other groups made onto the crime show, making the presence of the corpse in the middle of the urban space one of the elements of the murder scenography. It was in no way the case in our organization, it was even the completely opposite idea that was defended, which was imposed --which was compulsory. Indeed it is because one day I choose to break this rule that the infernal machine imploded.

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MAFIA - CRITICALSECRET [RETRANSCRIPTION 7[1/2-R]

Intervenant: Pierre Bongiovanni's MAFIA Radio transcriibed and translated by Samy Hamidou

MAFIA - MODULE 7


J'ai cessé de jouer le jeu, brutalement. Il aurait pu se faire que ce soit le résultat d'un lent processus, d'une maturation progressive, inconsciente d'abord et puis... une idée qui commence à cristalliser et... qui se développe, petit à petit... avant de devenir une paroi granitique... impossible à... escalader. J'ai cessé de jouer le jeu d'un seul coup ; et j'ai cessé de jouer mon propre jeu. Ce qui est advenu, c'est que, évidemment j'ai brisé la règle du gang auquel j'appartenais, mais il faut comprendre ce que j'ai d'abord brisé : c'est l'échafaudage laborieux et autiste construit au fil du temps. Il s'agissait d'un... assassinat comme les autres, presque comme les autres. Il s'agissait de... d'abattre, au fusil à lunette, de très loin donc, une jeune femme sur laquelle, bien sûr, je ne savais rien. L'opération devait se dérouler dans la campagne Toscane. Elle impliquait le même protocole que d'habitude : repérage, implantation sur le site, répétition, guet, attente, action, dégagement. Il m'est impossible de dire quel a été l'élément décisif, dans la brisure, qui s'est imposée à moi. Plus facile, peut-être, est de localiser le moment précis où cela a pu se produire... Il se trouve que la campagne Toscane est d'une nature tout à fait particulière. Ici... ici la présence de l'homme est à la fois faite d'élégance, de beauté, de douceur. Et pourtant, il y a dans l'air quelque chose d'absolument indéfinissable, de l'ordre du danger. Comme si au coeur de l'harmonie toscane, à tout instant, il y avait la possibilité d'une irruption, malsaine, la possibilité d'un évènement dramatique. / / / / /

(Long silence)


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I stopped to play the game brutally. It would be the result of a slow process, a progressive unconscious maturation at first and then an idea which begins to crystallize and develops little by little, before becoming a granitic wall impossible to climb. I stopped to play the game at a time. I stopped to play my own game. What is happened, obviously I broke the rule of my gang, but it is necessary to understand what I broke, it is the laborious and autistic scaffold built in the course of time. It was about a murder as the others, almost as the others. It was a question to shoot down in a rifle with telescopic sight, so far-removed a young lady whose, of course, I knew nothing. The operation had to take place in the Tuscany campaign. It implied the same protocol as usually: location, setting-up on the site, the repetition, the watch, the expectation, the action, the release. It is impossible to me to say in what was the ultimate element, in the break, which imposed upon me. Easier, maybe, it is to localize the precise moment when it was able to occur.

The nature of the Tuscany campaign is very particular. Here the presence of the man is done at the same moment by elegance, by beauty, by sweetness. And nevertheless, there is in the air something absolutely unexplainable, on the order of danger. As if in the heart of the Tuscany harmony, all the time, there was a possibility of an unhealthy eruption, a possibility of a dramatic event.

(Long silence)

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MAFIA - POUR MEMOIRE (pied de page) / REMINDER (footers)

Intervenant: Un témoin / A witness

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